Un bon fonctionnement physique d'un cours d'eau est garant de la mise en place et de l'entretien d’une diversité d’habitats pour de nombreuses espèces tant aquatiques que de bord de cours d'eau.

Trois questions à
Yannick THIERY

Quelles sont les principales difficultés qu’on rencontre lorsqu’on veut construire une carte qui présente l’ensemble des aléas présents sur une zone littorale ?

Il existe beaucoup de données historiques sur les espaces côtiers et ces données nous aident à réaliser les cartes d’aléas. Aujourd’hui on sait faire des cartes mono aléa (aléa érosion, submersion, innondation, glissement de terrain,…) et on sait caractériser les enjeux par rapport à ce « mono aléa ». Ce qui est plus compliqué c’est de superposer les aléas et d’arriver à faire des cartes qui vont pouvoir retranscrire les effets de ces superpositions d’aléas.  Si à un endroit donné on a par exemple un aléa érosion fort c’est-à-dire une probabilité d’érosion assez forte, et qu’à ce même endroit on a un aléa submersion également fort, il est encore compliqué de pouvoir mesurer et donc cartographier l’aléa global qui résulte de la superposition d’aléas. Les aléas peuvent en effet avoir des effets physiques les uns sur les autres : par exemple le fait qu’il y ait un aléa submersion pourra augmenter l’aléa érosion qui mesuré indépendamment de l’aléa submersion ne serait pas le même. On appelle cela l’effet concomitance. Avec deux aléas on peut encore y arriver (notamment pour superposer les aléas érosion et crues) mais quand on a 4 ou 5 aléas ça devient très difficile à modéliser.

Aujourd’hui, lorsqu’on fait des cartes d’aléas pour les Plan de Prévention des Risques notamment on prend en compte des incertitudes ce qui est une manière de tenir compte de cet effet concomitance.

Comment est-ce que les cartes d’aléas sont construites pour la réalisation des PPR ?

On peut utiliser deux méthodes différentes pour faire des cartes d’aléas :

  • La méthode la plus utilisée est la méthode empirique. Un expert (bureau d’étude, BRGM) mandaté par la collectivité va estimer le degré de susceptibilité à l’aléa en étudiant différents facteurs de prédisposition qu’il recherche dans les données historiques disponibles sur le territoire. S’il y a des endroits avec des enjeux forts, l’expert peut également être amené à aller faire des mesures sur le terrain pour confirmer la cartographie à laquelle il aboutit. Cependant les budgets relatifs à l’acquisition de données de terrain pour la réalisation des PPR sont souvent assez réduits voir inexistants.
  • La seconde méthode est la méthode multicritères qui consiste à prendre en compte plusieurs facteurs que l’expert va pondérer intuitivement en fonction de sa connaissance du terrain.

Il serait intéressant aujourd’hui de pouvoir constituer un collège d’experts à l’échelle nationale (voir internationale) pour travailler sur la mise en place d’une méthode permettant d’intégrer le phénomène de concomitance dans la cartographie des aléas et d’affiner la détermination des surfaces concernées par le même type d’aléa. Un projet de ce type est en cours de montage sous l’impulsion de l’Etat.

Cependant, même si nous parvenons à avoir un outil de modélisation de la concomitance des aléas performant et utilisable par tous les territoires il nous faudra toujours intégrer des données d’entrée dans le modèle. C’est pour cela que la partie « terrain » reste incontournable.

Lorsqu’on détermine un risque on croise les aléas et les enjeux (humains, bâti, …) mais pour réfléchir à des scénarios d’adaptation il faut pouvoir hiérarchiser les enjeux. Comment procède-t-on pour hiérarchiser les enjeux et donc les risques ? (Sur la base de quels critères peut-on caractériser la valeur d’un enjeu ?)

Il est important d’intégrer dans l’attribution de valeur à un enjeu une valeur non monétaire. Il y avait une volonté dans le projet Ricochet que nous menons actuellement de réfléchir à un système d’attributions de valeur aux enjeux qui rende compte de l’importance sociétale de ces enjeux et non uniquement de leur valeur économique. Ce n’est pas évident car ceci implique d’avoir une méthode subjective  mais qui doit rester transposable! En effet la valeur attribuée à une terre agricole ne sera pas la même si on questionne l’agriculteur ou si l’on questionne un citoyen lambda. L’objectif est finalement de caractériser les enjeux en déterminant les conséquences qu’auraient la destruction de cet enjeu (champs agricole, collège, aire de jeux, maison individuelle,…) sur la société.

Nous souhaitons également travailler sur le multi échelles, si par exemple sur un territoire nous nous rendons compte qu’il y a une zone où l’on a une superposition d’aléas forts, nous pourrons zoomer pour mieux comprendre la nature et la valeur des enjeux existants et proposer des scénarios de relocalisation de ces enjeux. C’est une « innovation » que propose Ricochet de travailler sur un outil d’aide à la décision qui soit multi échelles.

Les échanges avec les élus dans les comités locaux vont également nous permettre d’affiner la caractérisation des enjeux.

Quels sont les besoins en termes de recherche qui demeurent pour arriver à des cartes multi aléas et multi risques qui soient plus fidèles à la réalité des risques sur les territoires côtiers ?

 Le problème aujourd’hui est que la cartographie des aléas est réalisée par des experts différents selon le territoire, les aléas cartographiés, il n’y a donc pas de méthodologie commune. Selon les experts mobilisés (BRGM, DREAL, bureaux d’étude, …) on va avoir des cartes différentes. On a des outils qui permettent de hiérarchiser certains facteurs ou certains aléas sur les territoires mais la difficulté c’est que l’on n’a pas un outil commun.

D’où l’intérêt de la constitution de ce collectif d’experts susceptible de travailler à la mise en place de cet outil commun à l’échelle nationale.

A quelle échéance peut-on espérer pouvoir disposer de telles cartes ? Ou d’outils d’aide à la décision qui permettent une gestion plus fine des enjeux sur les territoires littoraux (et arrières littoraux car à priori c’est davantage à l’échelle du BV qu’il faut réfléchir qu’à celle du cordon littoral) ?

L’objectif principal du projet Ricochet est de pouvoir avancer sur la caractérisation et la modélisation du phénomène de concomitance afin de pouvoir mieux intégrer ce phénomène dans les cartes d’aléas sur lesquelles se base l’aménagement de nos territoires.

Une avancée majeure que se fixe Ricochet est aussi de pouvoir proposer une analyse des enjeux par transfert d’échelle : le fait de pouvoir zoomer sur les enjeux localisés dans des zones où il existe une superposition de différents forts aléas.

Il y a un autre aspect intéressant dans Ricochet c’est la volonté d’intégrer une échelle temporelle dans les scénarios d’évolution des territoires qui prenne en compte les prédictions de changements globaux (changement climatique,  évolution des milieux naturels, …)

Pour les décideurs, le projet Ricochet essaie de produire une modélisation de l’évolution de leurs territoires qui soit susceptible d’éclairer les choix qu’ils feront plus tard. Et notamment de les accompagner dans la réflexion sur la relocalisation de certains enjeux.


Mon parcours de formation

J’ai commencé mes études par un BTS de commerce international puis j’ai commencé la géographie à l’Université de Reims dans laquelle je suis resté jusqu’à ma maitrise de géographie physique / géomorphologie.

J’ai ensuite fait un DEA de géophysique à l’Université de Lille puis une thèse à l’École et Observatoire des Sciences de la Terre (EOST) à Strasbourg.  J’ai ensuite terminé ma thèse au LETG à l’Université de Caen.

Après un post doc de 6 mois à l’EOST j’ai été cordiste pendant quelques temps !

J’ai ensuite travaillé dans un bureau d’études de consultants en géosciences  à Paris ou j’ai beaucoup travaillé sur les risques associés aux tsunamis et glissements de terrain. Puis avant d’arriver au BRGM j’ai travaillé pendant 5 ans pour Euro engineering sur l’exploration et la production pétrolière.

Mes interventions pour l'IRD2

Rencontre chercheurs
jeudi 06 avril 2017
Projet Ricochet
 
 
 

Mes coordonnées

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