« Devenir = concevoir un jour sa propre responsabilité dans le cours de son existence »

J.M. Blas de Roblès, Là où les tigres sont chez eux, 2016, p.55

Trois questions à
Lionel Rougé

Qu’est ce qu’on entend par périurbanisation ?

Le terme de périurbanisation désigne un processus d’urbanisation autour des villes en discontinuité avec elles. Ce processus peut prendre grosso-modo deux formes ; soit par production d’un espace dans le cadre d’une opération d’ensemble et le plus souvent sous la forme du lotissement de maisons individuelles – un étalement, soit par dissémination et remplissage de parcelles ouvertes à l’urbanisation et là encore le plus souvent sous forme de maisons individuelles – une dispersion.

Comment est pourquoi s’est développé ce processus ?

Ce processus est en soi relativement ancien – voire constitutif du développement urbain. Il prend, en France, une force particulière à partir des années 70 sous l’effet de trois facteurs ; la réorientation des politiques publiques du logement en direction d’une offre marchande orientée vers l’accession à la propriété de maisons individuelles, la démocratisation et la banalisation de la voiture individuelle et de son usage au quotidien par l’amélioration des infrastructures routières, la possibilité donnée à chaque commune de choisir de développer ou non son urbanisation en relation avec un marché immobilier et des aspirations sociales tournés tous deux vers le désir de possession d’une maison « à soi ». Ce « moment » va donner naissance à un type d’espace qualifié d’espace périurbain. Celui-ci deviendra même en 1996 une nomenclature statistique – une catégorie d’espace - sensée mesurer l’aire d’influence d’une ville et de son agglomération par l’intermédiaire des navettes domicile-travail. Cet espace, de plus en plus vaste à chaque recensement, comprend l’ensemble des communes où se réalise un processus d’urbanisation au détriment des espaces agricoles et naturels. Il peut aussi regrouper des communes dans lesquelles le processus est peu manifeste mais où la majorité des actifs ayant un emploi vont travailler dans la ville principale, dans les zones d’activités de l’agglomération principale ou vers d’autres zones d’activités qui parsèment cet espace dit « périurbain ». Ces actifs n’étant pas forcément des ex-urbains mais parfois aussi des locaux et/ou des natifs de ces espaces – c’est à dire des ruraux ou des enfants des premières générations de périurbains qui restent dans leurs communes où dans les environs de celle-ci mais qui travaillent ailleurs. D’une certaine manière la périurbanisation, dans sa dimension socio-économique et dans ses modes de vie, se déploie depuis quelques années ailleurs que dans la périphérie des villes et parfois autrement que sous la forme d’une urbanisation au sens propre par transformation.

Quels sont les grands enjeux actuels de la périurbanisation en Normandie ? Le suivi et la gestion des espaces périurbains doivent il constituer une priorité pour les collectivités ?

En Normandie, mais dans d’autres régions également, outre la dimension strictement urbaine de la périurbanisation – par production d’un nouvel espace et de nouveaux usages, il existe aussi une dimension en lien avec les mutations même du monde rural et agricole. Il me semble qu’il ne s’agit pas simplement d’une logique de colonisation ou de conquête de la ville sur la campagne, ce processus traduit aussi une transformation des relations villes-campagnes sans qu’il y ait forcément domination exclusive de l’une sur l’autre, mais plutôt réinvention, renégociation, des cadres, de, outils ou des objets de l’échange. Cette dernière dimension, d’hybridation plus que de colonisation, me semble d’autant plus pertinente à appréhender aujourd’hui que les mobilités de toutes sortes se sont intensifiées, que des entre-urbains (entre Paris et Rouen ou Evreux), des entre-villes (entre Caen et Lisieux, Bayeux ou Falaise), des entre ville-campagne (Cherbourg et le Cotentin), des entre ville-mer (de Coutances à la mer) sont en cours de formalisation par le biais de modes de vie qui font dialoguer proximité et distance. Certes du « péri », dans ce qu’il dessine de mise à l’écart, d’un trop grand éloignement, voire de marginalisation existe encore beaucoup mais il n’invite probablement pas aux mêmes modalités de suivi et de gestion.

Alors faut-il parler de périurbanisation, de rurbanisation, de périruralisation, de littoralisation …. Peu importe, je ne crois qu’il faille s’en tenir aux questions de terminologie – ou du moins ne pas se limiter à cela. L’enjeu serait plutôt de tenter de saisir les ressorts, les enjeux et les risques, les configurations et les contextes de ces urbanisations plus ou moins dispersées et ce tant dans leurs aspects, sociaux, environnementaux, économiques et politiques. Pourquoi et comment sont elles produites ? Qu’est ce qu’elles disent des équilibres entre forces économiques, sociales, environnementales et politiques ? Comment peut-on faire autrement et le veut-on ? Enfin qu’est-ce que ces dynamiques, de la grande ville jusqu’au bourg rural, disent de la non attractivité de formes plus denses, plus compactes mais aussi de la non possibilité, pour de nombreux ménages, d’accéder dans de bonnes conditions (financières, sociales, professionnelles, …) à ces dites formes denses et compactes surtout lorsqu’elles ont été rénovées ou lorsqu’elles sont neuves ?


Activité au sein de ma structure

J’enseigne dans plusieurs formations de l’Université de Caen. Tout d’abord au sein de l’Unité de Formation et de Recherche des Sciences Economiques, Gestion, Géographie et Aménagement du Territoire ; dans La licence de Géographie, dans la Licence d’Economie, dans les Master de géographie option Ruralités en transitions et dans le Master Aménagements Durables, Urbanisme rénové et Assistance à maîtrise d’ouvrage. J’ai également quelques heures d’enseignements à l’IUT de Caen dans la Licence Professionnelle Métiers du Tourisme et à l’Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education.

Côté recherche, après quelques années de contrats pour le compte d’organismes public (Plan Urbain Construction Architecture, Centre d’Etudes sur les Réseaux et les Transports, Collectivités locales ou territoriales) et privé (Leroy Merlin Source), et une participation au Comité d’Orientation du Forum Vies Mobiles, je me recentre sur une démarche de production scientifique plus personnelle. Je garde toutefois un pied dans le Réseau Habitat Logement où je copilote, avec des collègues, deux ateliers de travail ; un sur « Les trajectoires des espaces périurbains » et un sur « Les alternatives dans l’habitat ». Je co-anime également l’axe « production, différenciation et partage de l’espace » au sein de l’UMR CNRS 6590 ESO (Espaces et Sociétés) et me suis investi, cette année, dans le séminaire pluridisciplinaire du Pôle Ville de la MRSH de Caen intitulé « Ecrire les mutations de l’urbain ». Enfin je suis membre de l’Observatoire de la Mixité Sociale mis en place par Habitat et Humanisme et participe plus ou moins activement – souvent dans le cadre de la formation des étudiants - à plusieurs projets locaux avec la Communauté Urbaine de Caen la mer, la DDTM14, l’IRD2 ou encore l’association Démosthène.

Mon parcours de formation

Après un début de parcours à l’Université de Perpignan Via-Domitia, j’ai poursuivi mes études de géographie et aménagement à l’Université de Toulouse le Mirail Jean Jaurès jusqu’à l’obtention de mon doctorat. J’ai ensuite eu un poste à l’Université de Caen, puis ai bénéficié d’une délégation du CNRS effectuée, pendant deux années, au laboratoire Géographie-Cités des Université de Paris 1 et Paris 4, pour revenir à Caen à l’UFR SEGGAT et au laboratoire ESO.

Mon implication dans le Développement Durable

Je n’ai pas racheté de voiture et tente de vivre sans … ce qui n’est pas toujours facile au quotidien tant à Caen qu’en Normandie. Je tri mes déchets et essaye de consommer mieux.

Mes interventions pour l'IRD2

Rencontre chercheurs
vendredi 12 janv. 2018 • Abbaye aux Dames
Recherche et territoires Normands
 
 
 

Mes coordonnées

Site web : http://www.unicaen.fr/recherche/mrsh/pagePerso/2257921

Email : lionel.rouge[at]unicaen.fr