"La liberté apparaît comme la fin ultime du développement, mais aussi comme son principal moyen. Le développement consiste à surmonter toutes les formes de non-libertés, qui restreignent le choix des gens et réduisent leurs possibilités d’agir."
Amartya SEN (1933)

J’ai fait ma thèse à partir d’un des nombreux travaux Armatya Sen, économiste indien qui a eu le prix Nobel d’économie en 1998 et est à l’origine de la notion de « développement humain ».

Trois questions à
Anne PETRON

Qu’évoque pour vous la notion d’économie circulaire ? Quelle approche en avez-vous ?

Je suis sensible aux questions liées à l’économie sociale et solidaire. J’ai longtemps assuré un cours de spécialité en économie sociale à l’UFR de Sciences Economiques, ainsi qu’un cours de finance éthique à l’IUP Banque assurance. L’IRD2 m’a d’ailleurs accompagnée il y a six ans pour lancer un projet tuteuré d’étudiants de l’IUP sur les produits financiers « éthiques ». Ce projet a abouti à une conférence proposée par l’IUP et organisée par les étudiants sur ce thème. Elle a fait intervenir des acteurs locaux mais également des structures nationales de la finance solidaire (Finansol) afin de questionner les possibilités de repenser la création de produits, services, modèles d’affaire de façon plus durable.
L’économie circulaire est un modèle économique plus favorable à cette approche, orienté sur le bien-être social et de production de valeur de façon durable.
En effet, l’efficience de l’utilisation des ressources permet de créer de la valeur positive à la fois sur un plan social, économique mais aussi environnemental.
Mais il suppose des changements sociétaux impliquant notamment de repenser nos modes de consommation.

Est-ce une notion que vous abordez aujourd’hui dans vos travaux de recherche ?

Oui. Je m’intéresse particulièrement au changement de comportement et plus particulièrement à l’étude de la demande des consommateurs, un des trois piliers de l’économie circulaire si l’on reprend la définition de l’ADEME.
Il y a besoin de mieux comprendre les pratiques actuelles, les modalités d’achat et l’évolution de la demande des consommateurs pour adapter l’offre de services répondant à des pratiques d’économie circulaire. L’objectif étant d’accompagner au développement d’une consommation relocalisée, adaptée aux ressources et aux besoins locaux, favorisant les pratiques industrielles et agricoles respectueuses de l’environnement.

Actuellement, je m’intéresse plus particulièrement aux circuits courts dans la filière agroalimentaire.
Même si aujourd’hui, suite à l’évolution sociétale connue, l’industrialisation des cultures, la standardisation des filières de distribution et la consommation de masse prédominent, les circuits courts alimentaires sont en recrudescence. Le nombre d’intermédiaires entre producteurs et consommateurs diminue, pour revenir à la vente directe elle-même. Or, la vente directe, et avec elle le contact physique entre producteur et consommateur, n’est pas nouvelle. Elle est même ancrée dans l’histoire de nos territoires. Il faut rappeler que les marchés comme lieux d’échange mais aussi de socialisation, ont fondé les bases du commerce entre individus.

Quelles sont les évolutions notables des pratiques de consommation sur le territoire normand ?

Les consommateurs cherchent aujourd’hui de plus en plus à préserver leur santé, à retrouver la qualité et le goût des produits, à respecter l’environnement, à s’intéresser aux producteurs locaux, voire à faire preuve d’une attitude militante pour les filières courtes de production… Ces changements récents de consommation amènent à des transformations dans l’organisation même des filières de vente. Elles passent par l’expansion très marquée de la filière bio, et le développement des circuits courts. Ces circuits courts se développent aujourd’hui sous leurs formes premières (marchés, ventes à la ferme), mais également sous des formes nouvelles (amap, collectifs d’achat, magasins bio).

Avec trois autres collègues du NIMEC (Aude Delabarre, Valérie Montrieul et Didier Tagbata), nous avons constaté que le nombre d’AMAP et de Collectifs d’achat était très faible dans la Manche. Il n’existe qu’une seule AMAP dans la Manche et 6 collectifs, alors qu’on recense au total 122 AMAP et collectifs d’achat en Normandie (76 en Haute-Normandie et 85 en Basse-Normandie en 2014). En partenariat avec Agrobio Normandie et l’IRD2, nous pilotons actuellement une étude sous forme d’enquête, administrés par des étudiants de Techniques de Commercialisation de l’IUT Cherbourg-Manche dans le cadre d’un projet tuteuré. Il s’agit de référencer toutes les formes de ventes en circuits courts dans la Manche et d’interroger les consommateurs sur leurs motivations. Il est prévu de faire le même type d’enquête dans le Calvados.
L’enquête n’a pas encore livré ses résultats, mais le territoire de la Manche fait l’objet d’un maillage important de marchés en plein vent et donc d’un principe de vente directe très développé. Les collectifs semblent par ailleurs avoir du mal à fédérer des consommateurs dans un engagement pourtant nécessaire à leur existence. La quasi-absence d’AMAP semble avoir une origine plus historique que philosophique. Contrairement au Calvados, les collectifs d’achat se sont en fait imposés dans la Manche.


Activité au sein de ma structure

Le NIMEC  (Normandie Innovation, Marché, Entreprise, Consommation) regroupe les laboratoires de recherche en gestion des Universités de Caen, Rouen et Le Havre. Les travaux de recherche y sont orientés de 3 axes de recherche :
• Culture, socialisation et consommation
• Innovation et coopération
• Comportement organisationnel et postures managériales

Mon parcours de formation

En fait, je suis un « pur produit » de l’Université de Caen. Après un bac obtenu à Cherbourg, j’ai fait toutes mes études jusqu’au DEA (aujourd’hui Master Recherche) à Caen, avant d’effectuer un doctorat d’économie. J’ai été recrutée en 1999 à l’UFR de Sciences-Economiques toujours à l’Université de Caen. Retour aux sources : je suis depuis deux ans en poste à l’IUT Cherbourg-Manche dans le département GEA.
Je suis responsable à Cherbourg de la Licence Professionnelle CGC (Conseiller Gestionnaire de Clientèle) diplôme de l’IAE de Caen, en collaboration avec l’IUT de Cherbourg, diplôme que j’ai ouvert à mon arrivée en 2014.

Travaux de recherche

Mes travaux de recherche s’inscrivent plus particulièrement dans le premier thème de recherche, innovation et coopération, à la fois dans l’axe 1 Dynamiques coopératives et territoriales et l’axe 2 Gouvernance et performance de la relation inter-firme.

Dans le cadre de l’axe 1, je participe à une étude sur les circuits courts alimentaires en Normandie, en particulier les AMAP et Collectifs d’achat (travaux de recherche évoqués précédemment), dans une équipe constituée de 3 autres enseignants-chercheurs : Aude DELABARRE (Maître de Conférences, NIMEC), Valérie MONTRIEUL (PAST, NIMEC), Didier TAGBATA (Maître de Conférences, NIMEC) (détails ).

Dans le cadre de l’axe 2, je mène des recherches en finance sur la notation bancaire et sur les connaissances des entreprises et exigences de leurs banques. Ces travaux sont menés avec Sylvie Cieply (Maître de Conférences, CREM) et Marc CAMPAN (PAST, CREM).
La notation est devenue incontournable pour accéder au crédit depuis l’implémentation de Bâle 2 en 2006 (les normes de Bâle II constituent un dispositif prudentiel destiné à mieux appréhender les risques bancaires). Les banques ont ainsi toutes mises en place des modèles de notation interne pour évaluer les risques de contrepartie. Une première enquête menée par un groupe de travail associant banquiers, assureurs, expert immobiliers et expert comptables (dont Marc Campan) a mis en évidence que les entreprises, en particulier les plus petites, faisaient rarement retraiter leur comptes (EBE retraité du crédit-bail..) et étaient très peu nombreuses à demander leur notation auprès de leurs banques alors que la Loi Brunel le leur permet (Campan , 2011). Ainsi ces entreprises sont-elles mal préparées pour négocier avec les banques puisqu’elles ne connaissent pas exactement l’image que les banquiers vont avoir d’elles-mêmes. Les allégements concernant les obligations comptables que le choc de simplification a introduits accentuent cette situation. Notre programme de recherche consiste à étudier l’attitude des entreprises face à leur image financière en particulier dans un contexte de crise. Nous étudions en particulier les connaissances des entreprises quant aux exigences de leurs banques et réfléchissons aux solutions à mettre en œuvre pour aider les entreprises dans leurs démarches.

 
 

Mes coordonnées

Site web : http://www.iae.unicaen.fr/NIMEC/index.php

Email : anne.petron@unicaen.fr