Trois questions à
Morgane CHEVE

►    Faut-il aller jusqu’à chiffrer les services écosystémiques ? Quelles en sont les limites ?

Monétariser les services écosystémiques est essentiel pour que les décideurs puissent prendre en compte l’ensemble des impacts de leurs décisions. Ces impacts sont parfois difficiles à mesurer car ils peuvent être présents ou futurs, certains ou incertains, monétaires ou non, individuels ou collectifs. Néanmoins seule la prise en compte de l’ensemble de ces impacts peut permettre une utilisation efficace des ressources naturelles et environnementales.
Dans cette perspective la valeur monétaire attribuée aux services écosystémiques est un moyen de tenir compte de la contribution de ces services au bien-être être collectif, relativement aux autres biens et services disponibles dans l’économie.

►    Avez-vous connaissance d’outils ou de méthodes permettant de valoriser les services écosystémiques dans les activités socioéconomiques ?

Il existe deux grandes catégories de méthodes habituellement utilisées pour monétariser les services écosystémiques.
Dans la première catégorie de méthodes, les évaluations reposent sur l’idée que l’individu est rationnel : ses choix de consommation révèlent ses préférences vers la recherche d’un plus grand bien-être. La méthodologie employée consiste à faire des enquêtes auprès des agents économiques.
Parmi ces méthodes, il y a par exemple :

  • La méthode des « coûts de transports » qui permet d’estimer la valeur accordée à un bien environnemental, révélée par les coûts de transport que les visiteurs supportent pour s’y rendre afin de profiter de ses services récréatifs (valeur d’usage).
  • La méthode d’« évaluation contingente » et ses dérivées qui permettent de prendre en compte les motivations éthiques ou religieuses poussant à conserver certains éléments d’un écosystème, comme une espèce remarquable (valeur d’existence). C’est ce que l’on appelle le « consentement à payer ».

La deuxième catégorie est composée des méthodes les plus utilisées actuellement. Elles s’appuient sur l’estimation des coûts engagés en cas de disparition des services écosystémiques ou de dégradation de leur qualité. Il s’agit des méthodes des coûts évités, des coûts de remplacement ou des coûts de substitution. Ces méthodes ont l’avantage d’une relative simplicité de mise en œuvre, mais ont tendance à sous-estimer la valeur des services écosystémiques.

►    La protection de la biodiversité est souvent perçue comme contraignante par les acteurs socioéconomiques. Pensez-vous qu’une telle démarche aille à l’encontre de la viabilité économique des organisations ?

C’est en effet possible. En l’absence de mécanismes incitatifs ou contraignants de protection de la biodiversité tout se passe comme si les acteurs économiques utilisaient gratuitement les ressources environnementales. Ces coûts sont cependant subis par l'ensemble de la collectivité. Le but recherché est de faire supporter ces coûts par celui qui en est à l’origine afin qu’il les intègre en amont de sa prise de décision. Certaines activités économiques pourront s’adapter à ce nouveau contexte et maintenir leur rentabilité dans un cadre durable, tandis que d’autres devront disparaître, leur impact économique net (une fois pris en compte les impacts environnementaux) étant alors négatif. Il est cependant à souligner que de nouvelles activités, jusqu’à présent considérées comme non rentables, pourront voir le jour une fois leurs impacts environnementaux positifs pris en compte explicitement.

 


Activité au sein de ma structure

L’équipe d’Economie du Havre Normandie est petite : nous sommes 10. Nous travaillons de façon transversale sur la définition et l’évaluation des politiques publiques. Nous sommes deux à travailler plus précisément sur les questions environnementales. Le laboratoire EDEHN est membre associé à la fédération de recherche SCALE (FR CNRS 3730) qui accueille également d’autres économistes de l’environnement rattachés à l’Université de Rouen avec lesquels nous menons des projets conjoints. Au cours des années passées les économistes associés à la FR SCALE ont mené différents travaux dans le domaine de l’évaluation des actifs environnementaux, notamment dans le cadre de partenariats avec le GIP Seine-Aval :

•    Valorisation des zones humides dans l’estuaire de Seine
•    Étude sur l'évaluation économique des aménités paysagères de l'estuaire de la seine, en lien avec l’évaluation de la perception des risques industriels. La notion d’aménité ne correspond pas tout à fait la logique de services écosystémiques, mais on est dans le cadre des services culturels ou récréatifs. C'est quelque chose qui procure de la satisfaction aux individus, sans avoir besoin de le consommer au sens de le dégrader.

Thèmes de recherche : Économie de l’environnement et des ressources naturelles
-    Économie théorique : Développement durable, croissance économique et environnement, Analyse des risques et des incertitudes environnementales, dynamiques environnementales, non linéarités et catastrophes environnementales, analyse du principe de précaution
-    Économie appliquée : Valorisation des actifs environnementaux, évaluation des impacts environnementaux des politiques publiques, perception des risques environnementaux

Mon parcours de formation

  • Agrégation de l’Enseignement Supérieur en Sciences  Économiques,  2002
  • Doctorat en Sciences Économiques, Université Paris I Panthéon Sorbonne, 2000
  • Diplôme d’Études Approfondies (DEA) d’Analyse Macroéconomique, Université Paris I Panthéon Sorbonne
  • Magistère d’Économie, Université Paris I Panthéon Sorbonne, 1995
  • Diplôme d’Études Universitaires Générales en Sciences Économiques (DEUG), Université de Bretagne Occidentale (Brest), 1992
 
 

Mes coordonnées

Site web : http://edehn.univ-lehavre.fr/spip.php?article19

Email : morgane.cheve@univ-lehavre.fr