"Tout est bon" dit Paul FEYERABEND, philosophe des sciences, auteur de "Contre la méthode", 1975.

Cette citation m’inspire beaucoup dans le sens où  "toute l’expérience vitale du chercheur l’imbibe pour contribuer à la création scientifique".

Trois questions à
Catherine DARROT

Pourquoi parle-t-on aujourd’hui de systèmes alimentaires territorialisés, quelle différence avec les circuits-courts ?

La notion de circuit court recouvre à la fois la faible distance parcourue par les produits et à la fois le lien direct (1 intermédiaire maximum) entre le producteur et le consommateur. Elle s’est développée dans les années 2000, avec l’émergence d’un processus sociologique de reconnexion au territoire et au vivant. Il y a un réel besoin de retrouver du lien à notre alimentation et de la confiance avec une relation privilégiée entre producteurs et consommateurs. Les circuits courts expriment ce besoin social fort, partagé par toutes les catégories de population et non normé politiquement.

Puis, une vision politique est apparue et un besoin de recourir à une organisation systémique pour accompagner ce développement. Ainsi, aujourd’hui, on parle davantage de systèmes alimentaires territorialisés, notion plus complexe que celle de vente directe. Cela  permet de considérer d’autres parties prenantes de la chaîne alimentaire qui contribuent au développement de cette relation producteur – consommateur avec un lien fort au territoire (opérateurs économiques …).

Une ville peut-elle subvenir à ses besoins alimentaires à partir des ressources locales ? Quel changement sociétal cela implique-t-il ?

L’étude prospective Rennes Ville Vivrière menée en 2010-2013 par les étudiants d'AgroCampus Ouest propose une évaluation, avec les acteurs du territoire, de la capacité de Rennes Métropole à subvenir à ses besoins alimentaires à partir des ressources locales et ce,  à travers une approche interdisciplinaire agronomique, sociologique et économique.

La distance à parcourir pour aller chercher l’approvisionnement alimentaire du bassin de Rennes (400 000 habitants) dépend du modèle alimentaire et productif choisi.  Dans le modèle tendanciel (sans changement des habitudes), il faut 1/3 d’hectare (40 km au-delà de Rennes) pour nourrir un Rennais, en déduisant les surfaces urbanisées.  Dans le modèle d’autonomie (bio, deux fois moins d’animal, intégrant une diminution du gaspillage alimentaire à 20% au lieu de 30% et une mise en culture des espaces trames vertes, …), il faudrait 1 hectare pour 5 personnes (25 km autour de Rennes). Attention toutefois ces chiffres ne sont pas transposables car dépendant des rendements territoriaux. Dans le cas de Rennes, il y aurait la ressource mais cela suppose une reconsidération totale de notre alimentation actuelle, avec notamment une diminution de l’alimentation carnée. Cela suppose un changement de modèle social pour aller vers plus de sobriété.

Quel est le rôle des collectivités territoriales dans le développement d’une agriculture de proximité ?

Les collectivités ont un rôle fondamental. Comme le montrent les résultats du projet européen FAAN "Facilitating Alternative Agri-food Networks" dès 2010, l’action publique favorise les circuits courts agro-alimentaires.

Les réussites ne sont pas généralisables, cela dépend du contexte  territorial et des choix stratégiques mais l’on constate à chaque fois l’importance des collectivités locales dans la réussite des projets,  à travers la mise en place de réseaux de coopération par exemple. Les élus ont un rôle décisif notamment par la diffusion des connaissances et expériences au sein de leur réseau.


Activité au sein de ma structure

ESO Rennes est une composante de l’Unité Mixte de Recherche « Espaces et Sociétés » (ESO no 6590), sous la double tutelle du CNRS et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
L'ESO est un laboratoire de recherche en géographie sociale dont l'objectif scientifique est de contribuer à l’appréhension et la compréhension de la dimension spatiale des sociétés.

Les recherches s’insèrent dans quatre axes thématiques :

  • De la dimension spatiale des sociétés
  • Dynamiques sociales et spatiales
  • Parcours de vie et expériences des espaces
  • De l’action publique. Conflits, gouvernance et solidarités sociales et territoriales.

Mon parcours de formation

Eléments clés :

  • double formation d’ingénieur agronome depuis plus de 20 ans
  • 10 ans d’accompagnement des mouvements socio-agricoles et ruraux à l’échelle nationale et bretonne
  • thèse interdisciplinaire éco - science po  "Les paysans polonais à l'épreuve de la PAC - Une approche multidisciplinaire d'un référentiel professionnel pour un dialogue de normes" - 2008, soutenu  par l’UMR SMART-INRA - Agrocampus de Rennes et hébergée par l’UMR LADYSS « Laboratoire Dynamiques sociales et recomposition des espaces »
  • Participation à différents projets de recherche dont le projet  européen FAAN "Facilitating Alternative Agri-food Networks" en 2008-2010 sur le lien entre les  politiques publiques et les circuits courts agro-alimentaires
  • coordinatrice scientifique Grand Ouest du projet FRUGAL "Formes urbaines et gouvernance alimentaire" - PSDR4 : approche interdisciplinaire des processus de relocalisation des filières alimentaires autour de 9 métropoles françaises

« L’enseignement est pour moi primordial,  je suis responsable de l’option de spécialisation ingénieur Agricultures durables et développement territorial (ADT) du master Ingénierie Environnementale à  AGROCAMPUS OUEST (plus d’informations via ce lien) » , pour une approche de l’agriculture durable par les sciences sociales.

Retrouvez le détail des projets de recherche dans le répertoire français des sociologues de l’Association Française des sociologues

 
 

Mes coordonnées

Site web : http://www.test-afs-socio.fr/drupal/rep/hopmembres/ficheperso.php?id=994

Email : catherine.darrot [a] agrocampus-ouest.fr