Article paru dans le Monde le 11 mai 2015

Stéphane FOUCART

« Il faut l’avouer, et c’est un des signes de notre difficulté à jauger l’importance relative des choses : la pédologie, nous nous en moquons complètement. Le sol, on le foule sans trop y réfléchir, on râle quand il colle aux chaussures. En tant que tel, il n’est pas un objet de débat ou d’intérêt public. La majorité des responsables politiques ignorent son existence et les journalistes ne savent pas trop pourquoi ils devraient en parler. Le sol, en résumé, est un non-sujet. Qui, d’ailleurs, avait noté que 2015 a été déclarée « année internationale des sols » par les Nations unies ?

Ne pas se préoccuper de préserver cette mince et fragile pellicule qui enveloppe la croûte terrestre relève d’une inquiétante cécité dont on commence, peut-être, à voir le bout. Et, aussi surprenant que cela semble au béotien, la raison de ce début de prise de conscience tient à la question climatique.

Digérer la matière organique

C’est en effet pour contrer le réchauffement que Stéphane Le Foll vient de mettre les sols – et le lien étroit qui les unit à l’agriculture – à l’agenda politique. Fin avril, le ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt a annoncé le lancement d’un projet de recherche international visant à accroître la quantité de carbone stockée dans les sols. L’idée de M. Le Foll est de peser sur les négociations climatiques en cours pour permettre la prise en compte de l’agriculture et la gestion des sols dans l’effort de lutte contre le réchauffement. Il s’agit d’identifier les pratiques les plus vertueuses en la matière, capables d’atteindre des rendements élevés tout en étant les plus résilientes possibles face aux dérèglements climatiques.

M. Le Foll suggère même un nom à ce programme de recherche : le « quatre pour mille ». Pourquoi ? L’explication révèle notre ignorance de l’ampleur de ce qu’est, réellement, le sol. Imaginons que l’on parvienne à augmenter de 0,4 % – de quatre pour mille, donc – la quantité de matière organique stockée chaque année dans les sols agricoles, « cela permettrait de compenser l’ensemble des émissions des gaz à effet de serre de la planète », avait déclaré M. Le Foll, le 17 mars à Montpellier (Hérault) au cours de la 3e Conférence sur l’agriculture face au changement climatique. …

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